Au cœur d’une ville marquée par son glorieux passé industriel, un lieu singulier défie les conventions. Roubaix, autrefois capitale mondiale du textile, abrite aujourd’hui un trésor culturel dans un écrin inattendu. Il ne s’agit ni d’une ancienne usine ni d’un palais bourgeois, mais d’une ancienne piscine municipale. Ce bâtiment, chef-d’œuvre de l’architecture Art déco des années 1930, a été métamorphosé en un musée d’art et d’industrie de renommée internationale. La Piscine, comme on la nomme affectueusement, est bien plus qu’un simple lieu d’exposition : c’est le symbole d’une reconversion audacieuse, un pont jeté entre le patrimoine social et la création artistique, où l’eau a laissé place aux œuvres pour le plus grand bonheur des visiteurs.
La transformation d’une piscine Art déco en musée d’art moderne
L’histoire de La Piscine est celle d’une renaissance spectaculaire. Née de la volonté d’offrir aux familles ouvrières un lieu dédié à l’hygiène et au sport, elle est devenue, des décennies plus tard, un temple de l’art. Ce parcours illustre la capacité d’une ville à réinventer son patrimoine pour l’inscrire dans le présent.
De l’hygiénisme à l’abandon
Inaugurée en 1932, la piscine de Roubaix, conçue par l’architecte Albert Baert, était bien plus qu’un simple bassin. Elle incarnait une vision sociale progressiste, offrant non seulement des bains et des douches mais aussi des services annexes comme une laverie ou un salon de coiffure. C’était un véritable palais social pour les Roubaisiens. Pendant plus de cinquante ans, elle a été le théâtre de la vie locale, un lieu de rencontres et de loisirs. Cependant, le temps a fait son œuvre. La fragilisation de sa voûte en béton a contraint l’établissement à fermer ses portes en 1985 pour des raisons de sécurité, laissant ce joyau architectural à l’abandon et menacé de démolition.
Une renaissance audacieuse
Après une longue période d’incertitude, une idée audacieuse a germé : transformer ce lieu emblématique en musée. Le projet était ambitieux, car il fallait à la fois préserver l’âme du bâtiment et l’adapter à ses nouvelles fonctions muséographiques. Après seize années de réflexion et de travaux méticuleux, le pari fut remporté. En 2001, le musée d’art et d’industrie André Diligent ouvrait ses portes. Cette inauguration a marqué un tournant pour la ville, prouvant que le patrimoine industriel pouvait devenir un formidable levier culturel et touristique. Le succès fut immédiat et ne s’est jamais démenti, comme en témoignent les travaux d’agrandissement menés en 2018 pour répondre à l’affluence croissante.
Cette métamorphose réussie a permis de sauvegarder un bâtiment exceptionnel, dont l’architecture même est devenue la première œuvre de la collection.
Un patrimoine architectural unique dans le nord de la France
Pénétrer dans La Piscine, c’est d’abord être saisi par la majesté et la singularité du lieu. L’architecte Albert Baert a imaginé un édifice qui transcende sa fonction première pour atteindre une dimension quasi sacrée, où chaque détail a été pensé pour créer une expérience esthétique et sensorielle unique.
L’élégance de l’Art déco
L’architecture de la piscine s’inspire de plusieurs courants, notamment des abbayes cisterciennes pour son plan et son organisation autour d’un jardin claustral. La grande nef qui abrite le bassin est baignée d’une lumière spectaculaire grâce à deux immenses vitraux. Ces derniers, représentant le lever et le coucher du soleil, rythment l’espace et confèrent au lieu une atmosphère sereine et apaisante. Les matériaux nobles, les lignes épurées et les motifs géométriques sont caractéristiques du style Art déco. Les céramiques, les ferronneries et les mosaïques d’origine ont été soigneusement restaurées pour conserver l’authenticité de ce décor exceptionnel.
Des espaces préservés et réinventés
La force de la reconversion réside dans le dialogue constant entre l’ancienne fonction du lieu et sa nouvelle vocation. Les architectes ont su intégrer les espaces muséographiques avec une intelligence remarquable. Ainsi :
- Les anciennes cabines de douche qui bordent le bassin ont été transformées en cabinets d’exposition, créant des espaces intimes pour la présentation de céramiques ou d’objets d’art.
- Le restaurant du musée s’est installé dans l’ancien réfectoire, avec une vue imprenable sur le jardin intérieur.
- Les anciennes ailes dédiées aux bains publics accueillent désormais des galeries de peinture et de sculpture.
Cette réappropriation des espaces permet une déambulation originale où le visiteur ne perd jamais de vue l’histoire du bâtiment. Le patrimoine architectural n’est pas un simple contenant, il fait partie intégrante de l’expérience de visite.
Ce cadre architectural exceptionnel sert d’écrin à des collections riches et variées, qui racontent une autre facette de l’histoire de Roubaix.
Quand le textile rencontre l’art : l’histoire des collections
Le musée ne porte pas le nom de « musée d’art et d’industrie » par hasard. Ses collections sont le fruit d’une histoire locale forte, profondément liée à l’âge d’or du textile, qui a façonné la ville et ses institutions culturelles pendant plus d’un siècle.
L’héritage industriel de Roubaix
Dès le XIXe siècle, les industriels roubaisiens, soucieux de former le goût de leurs ouvriers et de stimuler la créativité de leurs dessinateurs, ont constitué des collections d’arts appliqués. Le musée puise ainsi ses racines dans un fonds textile historique, comprenant des milliers d’échantillons et de pièces qui témoignent du savoir-faire de la région. Cette collection textile, l’une des plus importantes de France, constitue le socle historique et identitaire de l’institution. Elle est présentée dans des espaces dédiés qui mettent en lumière les liens étroits entre création industrielle et artistique.
Des collections éclectiques
Au-delà du textile, le musée a développé au fil du temps une politique d’acquisition ambitieuse, axée sur les beaux-arts et les arts appliqués des XIXe et XXe siècles. Les collections sont d’une grande diversité et s’organisent autour de plusieurs pôles majeurs.
| Domaine | Période principale | Types d’œuvres |
|---|---|---|
| Beaux-Arts | XIXe – XXe siècles | Peintures, sculptures, dessins |
| Arts appliqués | XXe siècle | Céramiques, verreries, mobilier |
| Textile | XVIIIe – XXe siècles | Échantillons, tissus, costumes |
| Mode | XXe – XXIe siècles | Créations de grands couturiers |
Cette richesse permet de créer des dialogues féconds entre les différentes disciplines, par exemple entre un motif de tissu et un tableau de la même époque. L’éclectisme des collections est l’une des grandes forces du musée, offrant un panorama complet de la création sur deux siècles.
Pour maintenir l’intérêt des visiteurs et explorer de nouvelles thématiques, le musée s’appuie également sur une programmation dynamique et sans cesse renouvelée.
Expositions temporaires : un renouvellement constant
La Piscine n’est pas un musée figé. Grâce à une politique d’expositions temporaires audacieuse et pertinente, l’institution se réinvente en permanence, offrant à ses visiteurs de nouvelles raisons de franchir ses portes et de redécouvrir ses espaces sous un jour nouveau.
Une programmation ambitieuse
Chaque année, le musée propose plusieurs expositions temporaires qui explorent des facettes variées de l’art des XIXe et XXe siècles. Ces événements peuvent prendre la forme de monographies consacrées à un artiste, de rétrospectives thématiques ou d’explorations de courants artistiques spécifiques. L’agrandissement de 2018 a d’ailleurs permis de doter le musée de nouveaux espaces dédiés, offrant plus de flexibilité pour accueillir des projets de grande envergure. Cette programmation est un moteur essentiel de l’attractivité du musée, attirant un public local, national et international.
Dialogue entre les époques
Les expositions temporaires sont souvent l’occasion de tisser des liens entre les collections permanentes et des œuvres invitées. Un artiste contemporain peut être mis en regard d’un maître du XIXe siècle, une collection de mode peut dialoguer avec le fonds textile historique. Ce jeu de miroirs et de correspondances enrichit la visite et offre des clés de lecture inédites. C’est une manière de montrer que l’art est une conversation continue à travers le temps, et que les œuvres du passé peuvent éclairer notre regard sur la création actuelle.
Au-delà de ces événements, le cœur de l’expérience reste la découverte des trésors que recèlent les collections permanentes du musée.
Ces œuvres phares à ne pas manquer lors de votre visite
Si chaque visiteur se forge son propre parcours et ses propres coups de cœur, certaines œuvres et certains espaces de La Piscine constituent des étapes incontournables. Ils incarnent l’esprit du lieu et justifient à eux seuls le déplacement.
Le bassin, une sculpture à ciel ouvert
L’espace le plus emblématique du musée est sans conteste l’ancien bassin de natation. Transformé en un miroir d’eau de faible profondeur, il est devenu un spectaculaire jardin de sculptures. Les œuvres semblent flotter à la surface de l’eau, tandis que leurs reflets se mêlent à ceux des vitraux et de l’architecture. La perspective est saisissante, de jour comme de nuit. C’est le point névralgique du musée, un lieu de contemplation où l’art, l’eau et la lumière fusionnent pour créer une atmosphère magique et poétique.
Quelques trésors des collections
La richesse des collections permanentes invite à la flânerie et à la découverte. Parmi les pièces majeures, il est impossible de ne pas mentionner :
- Le groupe de sculptures d’artistes majeurs du tournant du XXe siècle, qui jalonnent le pourtour du bassin.
- La collection de céramiques, l’une des plus belles de France, qui inclut des pièces d’artistes de renom comme Picasso.
- Les œuvres du Groupe de Roubaix, un collectif d’artistes abstraits de l’après-guerre qui a marqué l’histoire de l’art régional.
- La section dédiée aux beaux-arts, qui présente des peintures et des dessins d’artistes tels que Camille Claudel ou Tamara de Lempicka.
Ces œuvres, parmi tant d’autres, témoignent de la qualité et de la cohérence d’un fonds patiemment constitué.
Mais La Piscine est plus qu’une simple succession de salles et d’œuvres ; c’est un lieu de vie qui prolonge sa mission sociale originelle.
Un musée vivant et solidaire : événements et expériences immersives
Fidèle à l’esprit de son fondateur, qui voyait la piscine comme un lieu de vie au service de tous, le musée a développé une politique culturelle et sociale active. Il s’affirme comme un acteur engagé dans la vie de la cité, un espace ouvert et accessible qui dépasse largement sa fonction de conservation.
Plus qu’un simple lieu d’exposition
Le musée vibre au rythme d’une programmation culturelle dense et variée. Des concerts, des conférences, des ateliers pour enfants et adultes, des projections et même des défilés de mode animent régulièrement ses espaces. Ces événements permettent de porter un regard différent sur les collections et d’attirer des publics diversifiés. Le musée se conçoit comme une plateforme de rencontres et d’échanges, un lieu où l’art se vit et se partage de manière conviviale. L’expérience de la visite est ainsi enrichie, transformant le musée en une destination culturelle complète.
Un engagement social et local
Enraciné dans une ville au passé ouvrier, le musée n’a pas oublié sa vocation sociale. Il mène de nombreuses actions en direction des publics dits « éloignés de la culture », en partenariat avec des associations locales et des établissements scolaires. Des dispositifs de médiation spécifiques sont mis en place pour les personnes en situation de handicap, les familles modestes ou les publics en insertion. En ce sens, La Piscine perpétue l’idéal de progrès social qui a présidé à sa construction, prouvant qu’un lieu d’excellence culturelle peut aussi être un puissant outil d’inclusion et de cohésion.
La Piscine de Roubaix est la démonstration éclatante qu’un patrimoine industriel peut être sublimé pour devenir un phare culturel. La transformation de cette piscine Art déco en un musée d’art moderne est un modèle de reconversion, alliant respect de l’architecture originelle et exigences muséographiques contemporaines. En faisant dialoguer son histoire textile avec des collections d’art de premier plan, et en s’affirmant comme un lieu de vie ouvert et solidaire, l’institution a su conquérir le cœur d’un large public et s’imposer comme une destination incontournable du nord de l’Europe.
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